Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 18:19

def.jpgCa y est, je l'ai fait. J'ai quitté mon équipe pour m'exiler à un nouvel étage pour une nouvelle équipe et un nouveau poste. J'ai laissé derrière moi trois années dans un département dont j'avais fait le tour plusieurs fois déjà. Fin d'une époque. J'ai jeté presque tout ce que j'avais accumulé ces dernières années pour repartir de zéro ailleurs.

 

Aujourd'hui j'ouvre une nouvelle page de mon histoire dans cette tour. Après les étages 18 et 7, j'arrive au 13e, pour seulement deux petites semaines, puisque ma destination finale est le 15e étage. L'adaptation est bien plus rapide quand on reste dans la même société ; on connait les codes, les outils, les principaux acteurs, et puis je connais cette tour dans les moindres recoins, peu importe l'étage. 

 

L'automne étant bien installé, la nuit tombe très vite le soir, et du haut de mon 13e étage, je revois enfin celle que j'avais perdue dans les bas étages : la Tour Eiffel. J'ai la chance d'avoir une belle vue et mon regard a souvent tendance à s'égarer vers la fenêtre. Je profite chaque jour d'être remontée à une hauteur qui me permet de surplomber Paris et je me réjouis de passer l'hiver à mon nouvel étage.

 

Je retrouve l'envie de travailler, d'apprendre et de rencontrer de nouvelles personnes. L'autre avantage de rester dans la même structure, c'est qu'on a déjà des amis éparpillés un peu partout, on est nouveau sans vraiment l'être. So far, so good.    

Par Missmenthe
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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 20:42

tristesse 8Rituel du soir. Trainer de longues heures devant la télé, s’abrutir pour mieux s’endormir. Puis lire un peu dans son lit, obliger son esprit à se concentrer sur autre chose pour ne pas penser. Lire longtemps en attendant le sommeil qui ne viendra pas. Se résoudre enfin à éteindre la lumière. C’est le début de l’angoisse. La pièce n’est jamais dans le noir complet, la lumière verte du radio réveil se reflète dans le miroir au pied du lit et éclaire doucement la chambre. Les réverbères de la rue alimentent le mince espace entre le volet et le mur. Une lumière orangée, une lumière de ville.

 

Allongée sur le dos, les yeux grands ouverts, vous fixez le plafond et vous écoutez le silence. Après quelques minutes, les yeux sont habitués à l’obscurité et on distingue des ombres dans la chambre. Les oreilles s’habituent au silence et détectent le moindre bruit dehors, le moindre craquement du parquet. Une voiture klaxonne, un chien aboie. Petit à petit, il n’y a plus aucun bruit, la ville semble s’être endormie. L’angoisse monte. Dors, bon sang, dors ! Les minutes s’écoulent sur le radio réveil. Les heures passent, le sommeil ne vient pas, la chaleur monte. Après plusieurs heures, le lit est bouillant à force de mouvements, à droite, à gauche, sur le dos, sur le ventre, aucune position n’appelle le sommeil, et l’agitation entraîne l’énervement et la colère.

 

Le corps transpire et l’esprit bouillonne. Vous pleurez de rage, vous serrez les poings. Vous lui en voulez de ne pas être là pour vous réconforter. Frapper sa tête contre le mur, avoir mal, au moins une raison valable de pleurer. Les mois d’insomnie irritent, fatiguent. La nuit, les démons sont cent fois plus puissants que la journée. L’obscurité n’apporte que des questions sans solutions. Vouloir dormir pour ne pas penser. Espérer une trêve de l’esprit, juste pour oublier pendant quelques heures. S’imaginer qu’il est là, allongé à côté de vous, qu’il vous prend dans ses bras pour vous bercer et vous endormir. Essayer de penser à de jolies choses, à de beaux souvenirs, à de belles paroles. Mais sans cesse cette image qui revient et vous hante : il est allongé à côté d’une autre dont le ventre s’arrondit. L’angoisse monte, nuit après nuit. Impossible d’écarter cette image de votre esprit. La souffrance vous paralyse.

 

Le démon frappe fort, le démon détruit, le démon brise ma vie jusqu’à mon sommeil. Imaginer l’impensable, le meilleur comme le pire. Chercher des solutions, encore et encore, tout en sachant que la nuit ne résout jamais rien, seule la lumière du matin apaise les conflits intérieurs et sèche les larmes. Chaque nuit devient une épreuve quotidienne. Avoir hâte de revoir le jour pour mettre fin à la détresse infinie qui ressurgit tous les soirs au coucher. L’angoisse terrible d’être seule face à un monde endormi, qui ne peut ni m’aider ni me faire du mal. Le silence, le vide, le néant.

 

Pourquoi le sommeil  se refuse-t-il à moi ? Je me lève dans le noir, je vais boire un verre d’eau en regardant par la fenêtre dont le volet n’est jamais fermé : l’angoisse de l’enfermement total. Les réverbères sont toujours allumés. Quelques taxis circulent encore. Mais toutes les fenêtres sont éteintes, la ville dort et je me sens très seule.

 

Vos idées ne sont pas claires la nuit, personne n’est lucide après de longues heures d’insomnie. Vous êtes une épave aux yeux rouges et gonflés. Se battre contre ses démons est insurmontable. Vous pensez dur comme fer que vous devenez folle. Aller se recoucher en pensant que cette petite balade dans l’appartement aura un effet bénéfique. Se calmer doucement. Une seconde plus tard, ouvrir un œil. Il est déjà sept heures, le réveil sonne. La tête est lourde, les paupières ont du mal à s’ouvrir, on est fatiguée de n’avoir dormi que deux ou trois heures et honteuse de ne pas avoir su se battre contre cette tempête nocturne, alors que tous les démons semblent s’être évaporés au matin.

 

Par Missmenthe
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 21:33

S6002293.jpgAujourd'hui je souffle une troisième bougie de présence dans ma tour. Cette tour dont je connais tous les recoins, tous les couloirs, toutes les portes dérobées, tous les escaliers, tous les ascenseurs. Trois années, trois bureaux, et bientôt un quatrième. Après avoir investi le dix-huitième étage, puis être descendue au septième étage dont je connais tous les secrets, je me prépare pour un nouvel étage, un étage que je ne connais pas et où je ne connais personne. J'arrive au treizième étage pour un nouveau travail et un nouveau départ. 

 

Après une année de réflexion, je me jette enfin à l'eau pour entamer une nouvelle aventure. Bien-sûr il est confortable de rester sur ses acquis, de se reposer sur ses lauriers, de profiter d'une petite équipe bien sympathique qu'on a plaisir à revoir tous les matins et avec qui on partage des rires et des fou-rires, des personnes qui sont devenues importantes au quotidien, à qui on se confie et à qui on donne des conseils. Mais lorsqu'il n'y a plus d'enjeu, plus de mise en danger ni de connaissances nouvelles, alors il est temps d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte.

 

J'ai donc décidé de quitter mes petits collègues chéris, même si je sais qu'ils vont énormément me manquer. J'arrive dans une équipe que je ne connais absolument pas et où tout reste à construire. Outre l'apprentissage d'un nouveau domaine et le développement de nouvelles compétences, j'aime l'idée du nouveau challenge qu'on va me confier : créer une équipe unie, rassembler des individus qui ne le veulent pas forcément. Début de l'aventure dans deux mois. J'ai hâte.

Par Missmenthe
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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 21:12

0,,2733283 4,00C’est une soirée de juillet. Comme tous les ans, on a hâte d’arriver à cette semaine-là. Ce bonheur absolu de se coucher tard, très tard, comme les grands, de veiller, de lutter contre le sommeil et montrer qu’on peut rester éveillé toute la nuit s’il le faut. La liberté de ne pas devoir aller se mettre au lit est une jouissance qui revient tous les étés au moment des moissons. Après le dîner, au lieu de regagner sa chambre, on s’équipe pour la nuit. Lampe de poche, short, chaussettes et baskets, un pull s’il fait frais, l’odeur de l’anti-moustique étalé sur les jambes, les bras, le cou, le visage. Et c’est parti pour la nuit, qu’on espère très longue.

 

Dans le silence de la nuit, seuls les grillons et les chouettes se font entendre. On arrive au bord du champ avec nos petits vélos qu’on pose dans le fossé. Au fond du champ, les phares de la moissonneuse sont le seul chemin lumineux qui éclaire la nuit. La clarté de la lune allonge les ombres et les transforme en monstres terrifiants. La machine remonte le champ et s’approche doucement, puis elle fait demi-tour au bout du champ. La poussière se dépose sur les chaussures, les chaussettes, les mollets et les cheveux, et on se retrouve avec les mains noires. On n’a qu’une idée en tête : aller courir dans le champ. Les épis juste coupés égratignent les petits mollets, et on tombe entre deux mottes de terre, on se rattrape avec les mains, qu’on écorche au passage. Mais on rit, c’est drôle de courir dans les champs la nuit.

 

L’obscurité rend le fossé invisible et dangereux si on court trop près du bord. On n’a pas froid. Le soleil a laissé la terre chaude bien après son coucher. On a la sensation d’être un privilégié d’être dehors au milieu de la nuit quand tout le monde est endormi. On vit un moment interdit, intemporel. Tout se passe en silence, la nuit impose le silence. Les yeux apeurés des lapins dans les phares, on a la sensation de déranger la faune sans permission, d’empiéter sur leur territoire. On ressent un tel sentiment de liberté à se mouvoir dans la nuit, dans le silence, d’apercevoir des étoiles filantes, de marcher en plein milieu de la route déserte, de longer la forêt silencieuse mais malgré tout effrayante.

 

Le bruit du grain qui tombe dans le silo recouvert de poussière transperce le silence de la nuit. Au loin, sous un arbre, les yeux brillants d’un chat fixent la lumière. Les maisons sont éteintes, les hommes endormis, la nuit nous appartient. Les grands veulent se dépêcher de terminer la moisson avant l’arrivée de la fraicheur et de la rosée pour pouvoir aller se coucher, alors qu’on rêve de voir les premiers rayons du soleil en jubilant d’avoir passé la nuit dehors.   

Par Missmenthe
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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 21:24

3288013417 8858a50077Celle qui avait travaillé dur à l'école puis à l'université pour réussir le concours pour devenir institutrice, comme sa mère et sa tante, pensait que cette vocation coulait dans ses veines, transmise de mère en fille depuis des générations.

 

Celle qui avait tellement envie d'apprendre à lire quand elle était toute petite, écoutait sa grande soeur apprendre ses leçons et apprit à lire en même temps qu'elle, alors qu'elle n'avait que quatre ans. Elle passerait son enfance à jouer à la maîtresse avec sa soeur, puis son adolescence et sa vie d'adulte à lire tout et n'importe quoi jusqu'à une heure avancée de la nuit. Elle dévorait les livres avec une facilité déconcertante.

 

Celle qui avait voulu être institutrice depuis son enfance, alors que rien dans sa famille ne la prédestinait à cette profession, avait rendu son père très fier quand elle avait réalisé son rêver de transmettre le savoir et d'apprendre à lire aux enfants. Au fil des années, sa maison s'était remplie de cahiers, de livres, de magazines, qui débordaient dans toutes les pièces jusqu'au grenier. Elle ne jetait rien, aucun livre, elle espérait en profiter une fois à la retraite.

 

Celui qui n'avait pas eu la chance d'être professeur, car il avait grandi dans une famille de fermiers et que seuls les prêtres pouvaient être instituteurs ou professeurs à cette époque-là, avait comblé ce manque en lisant énormément étant retraité, les travaux des champs l'ayant épuisé toute sa vie. Il aimait par-dessus tout jouer avec les mots et était imbattable aux mots croisés. Sa plus grande fierté restait ses deux filles qui étaient devenues institutrices et qui avaient réalisé son rêve par procuration en quelque sorte.

 

Quand soi-même on n'avait pas souhaité suivre les pas de sa mère et qu'on avait voulu garder la lecture et l'écriture comme des passions, et non comme une profession, mais qu'on sentait en nous cet héritage du goût des mots, de l'écriture et de la lecture. Enseigner aurait été une contrainte, or on voulait rester libre face aux mots, pouvoir en jouer, les assembler, les mélanger, en faire des histoires. Tout ça dans une totale liberté.

Par Missmenthe
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