Lundi 12 septembre 2011
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20:42
Rituel du soir. Trainer de longues heures devant la télé, s’abrutir pour mieux s’endormir. Puis lire un peu dans son
lit, obliger son esprit à se concentrer sur autre chose pour ne pas penser. Lire longtemps en attendant le sommeil qui ne viendra pas. Se résoudre enfin à éteindre la lumière. C’est le début de
l’angoisse. La pièce n’est jamais dans le noir complet, la lumière verte du radio réveil se reflète dans le miroir au pied du lit et éclaire doucement la chambre. Les réverbères de la rue
alimentent le mince espace entre le volet et le mur. Une lumière orangée, une lumière de ville.
Allongée sur le dos, les yeux grands ouverts, vous fixez le plafond et vous écoutez le silence. Après quelques minutes, les yeux sont
habitués à l’obscurité et on distingue des ombres dans la chambre. Les oreilles s’habituent au silence et détectent le moindre bruit dehors, le moindre craquement du parquet. Une voiture
klaxonne, un chien aboie. Petit à petit, il n’y a plus aucun bruit, la ville semble s’être endormie. L’angoisse monte. Dors, bon sang, dors ! Les minutes s’écoulent sur le radio réveil. Les
heures passent, le sommeil ne vient pas, la chaleur monte. Après plusieurs heures, le lit est bouillant à force de mouvements, à droite, à gauche, sur le dos, sur le ventre, aucune position
n’appelle le sommeil, et l’agitation entraîne l’énervement et la colère.
Le corps transpire et l’esprit bouillonne. Vous pleurez de rage, vous serrez les poings. Vous lui en voulez de ne pas être là pour vous
réconforter. Frapper sa tête contre le mur, avoir mal, au moins une raison valable de pleurer. Les mois d’insomnie irritent, fatiguent. La nuit, les démons sont cent fois plus puissants que la
journée. L’obscurité n’apporte que des questions sans solutions. Vouloir dormir pour ne pas penser. Espérer une trêve de l’esprit, juste pour oublier pendant quelques heures. S’imaginer qu’il est
là, allongé à côté de vous, qu’il vous prend dans ses bras pour vous bercer et vous endormir. Essayer de penser à de jolies choses, à de beaux souvenirs, à de belles paroles. Mais sans cesse
cette image qui revient et vous hante : il est allongé à côté d’une autre dont le ventre s’arrondit. L’angoisse monte, nuit après nuit. Impossible d’écarter cette image de votre esprit. La
souffrance vous paralyse.
Le démon frappe fort, le démon détruit, le démon brise ma vie jusqu’à mon sommeil. Imaginer l’impensable, le meilleur comme le pire.
Chercher des solutions, encore et encore, tout en sachant que la nuit ne résout jamais rien, seule la lumière du matin apaise les conflits intérieurs et sèche les larmes. Chaque nuit devient une
épreuve quotidienne. Avoir hâte de revoir le jour pour mettre fin à la détresse infinie qui ressurgit tous les soirs au coucher. L’angoisse terrible d’être seule face à un monde endormi, qui ne
peut ni m’aider ni me faire du mal. Le silence, le vide, le néant.
Pourquoi le sommeil se refuse-t-il à moi ? Je me lève dans le noir, je vais boire un verre d’eau en regardant par la fenêtre
dont le volet n’est jamais fermé : l’angoisse de l’enfermement total. Les réverbères sont toujours allumés. Quelques taxis circulent encore. Mais toutes les fenêtres sont éteintes, la ville
dort et je me sens très seule.
Vos idées ne sont pas claires la nuit, personne n’est lucide après de longues heures d’insomnie. Vous êtes une épave aux yeux rouges et
gonflés. Se battre contre ses démons est insurmontable. Vous pensez dur comme fer que vous devenez folle. Aller se recoucher en pensant que cette petite balade dans l’appartement aura un
effet bénéfique. Se calmer doucement. Une seconde plus tard, ouvrir un œil. Il est déjà sept heures, le réveil sonne. La tête est lourde, les paupières ont du mal à s’ouvrir, on est fatiguée de
n’avoir dormi que deux ou trois heures et honteuse de ne pas avoir su se battre contre cette tempête nocturne, alors que tous les démons semblent s’être évaporés au matin.